Laissez-moi vous raconter une histoire typique. Le printemps arrive et vous êtes super motivé à vous remettre en forme. Vous rejoignez donc un gym et décidez de profiter des quelques séances incluses dans votre abonnement avec un entraîneur privé. Vous lui expliquez vos buts et il vous bâtit un programme varié comprenant selon vous toutes les parties essentielles d'un bon programme, soit de la musculation, du cardio et des étirements. Puis, après quelques séances, vous ressentez une douleur aux épaules qui n'était pas là avant. Lorsque vous en parlez à votre entraîneur, il vous dit que c'est normal, que votre corps s'adapte et que ça devrait rapidement s'estomper en continuant le programme. La douleur devient éventuellement inquiétante et vous décidez de consulter un ostéopathe. Ce dernier vous dit que vous avez développé une tendinite due à votre nouveau régime d'entraînement et blâme votre entraîneur qui n'a pas su reconnaître les signes avant-coureurs. Une fois que votre épaule va mieux, il vous conseille d'être actif, de bien manger, mais de vous tenir loin des gyms. Aussi, il vous recommande de revenir de temps en temps pour vérifier le bon fonctionnement de votre épaule et pour votre santé en général. Maintenant, laissez-moi vous raconter une autre histoire typique. Vous avez mal au bas du dos depuis déjà très longtemps. La douleur n'est pas très vive, mais assez incommodante, particulièrement après une journée au travail assis derrière un bureau. Vous décidez un jour de remédier à la situation. Vous consultez alors un physiothérapeute qui vous manipule brièvement et vous donne des exercices correctifs à faire à la maison. Après cinq ou six séances, vous constatez une différence, mais votre inconfort est toujours présent. Vous décidez donc de consulter différents spécialistes soit un massothérapeute, un acupuncteur et un ostéopathe. Vous sentez parfois un bref soulagement, mais la douleur revient habituellement au bout de quelques jours Découragé par la situation, vous décidez donc d'engager un kinésiologue pour vous aider à vous sentir mieux dans votre corps. Ce dernier vous évalue d'abord, afin de mieux comprendre d'où vous partez, et vous mentionne que votre inconfort lombaire n'est probablement rien de sérieux, voire assez typique pour une personne sédentaire qui passe beaucoup de temps derrière un bureau. Vous ne pratiquez qu'une poignée d'exercices qu'il vous montre avec grand soin. Lorsqu'un exercice est trop difficile, il le simplifie et, lorsqu'un autre est trop facile, il vous met au défi en augmentant la charge ou en le complexifiant. Il vous donne aussi quelques exercices à pratiquer à la maison de façon à maximiser vos progrès et à vous rendre autonome. Vous aviez quelques doutes à l'origine, car il n'y avait pas beaucoup de variété ni de cardio dans votre programme, mais vous avez décidé de lui faire confiance comme vous avez fait confiance à d'autres spécialistes par le passé. Un mois plus tard, votre douleur lombaire est pratiquement disparue. Lorsque vous parlez de votre cheminement à votre entraîneur, il vous confirme que vous avez probablement perdu votre temps et votre argent à consulter tous ces « spécialistes », car ceux-ci veulent habituellement vous garder en thérapie le plus longtemps possible. Pensez-vous qu'il s'agit d'une caricature ? Je peux vous affirmer que j'ai entendu des histoires similaires autant de mes clients que de mes collègues entraîneurs et thérapeutes. Si vous suivez ce blogue depuis quelques temps, vous avez probablement remarqué que mes références proviennent très souvent de spécialistes qui, comme moi, sont à cheval entre le monde de la thérapie et celui de l'entraînement. Eux aussi passent la plupart de leur temps à essayer de convaincre les gens qu'il ne s'agit pas de deux mondes, mais bien d'un continuum. L'absence d'un modèle d'intervention systématique est présentement le principal problème qui empêche les différents spécialistes de comprendre les limites de leurs interventions dans la réhabilitation de leur patient. Par exemple, dans le modèle établi par le docteur en physiothérapie et entraîneur de performance sportive Charlie Weingroff, tel que décrit dans cet autre billet, on peut facilement voir que certains spécialistes ont un rôle précis à jouer à certains moments de la réhabilitation et qu'ils peuvent aisément collaborer entre eux. Il faut d'abord avoir une méthode d'évaluation pertinente afin de pouvoir répondre à la question suivante : y-a-t'il présence de douleur ? Si oui, il faut créer une remise à zéro et les thérapeutes manuels (masso, chiro, osté, physio, etc.) sont souvent bien outillés pour remédier à la situation. Puisque la douleur modifie notre contrôle moteur, ce n'est souvent pas le moment d'introduire des exercices correctifs, sauf dans de rares exceptions. Par contre, comme les athlètes le font souvent, rien ne nous empêche de corriger ou d'entraîner des mouvements non douloureux même si la douleur est présente ailleurs. On appelle souvent cette méthode « contourner la douleur » et celle-ci crée en plus une distraction thérapeutique qui facilite dans beaucoup de cas la guérison. Rappelons-nous que la douleur se comporte de façon étrange, particulièrement en phase chronique, et ne peut souvent pas être liée à un dommage structurel. Oui, certaines approches sont davantage ancrées dans une compréhension moderne de la gestion de la douleur et peuvent être statistiquement plus efficaces, mais ce qui fonctionnera pour vous reste difficile à prévoir. Ce phénomène est souvent à la source des croyances en une méthode miracle ou en un thérapeute surdoué. Jetez un œil à ce vidéo pour mieux comprendre la douleur en deux minutes. Si nous ne trouvons pas ou plus beaucoup de douleur, mais de simples inconforts, la thérapie a fait sont travail et il est temps de passer le flambeau à quelqu'un d'autre qui pourra re-coordonner les mouvements ! En fait, la thérapie manuelle peut toujours aider pour les points suivants :
Lorsqu'un mouvement a atteint un standard satisfaisant, les exercices correctifs ont rempli leur fonction et il est temps soit de mettre ce mouvement nouvellement fonctionnel au défi en ajoutant des éléments de performance, soit de s'assurer que notre client sait comment conserver son niveau de maîtrise et lui dire qu'il n'a plus besoin de nos services. Certaines personnes ayant supporté un inconfort au cou ou au dos pendant de nombreuses années devront probablement pratiquer une courte routine d'exercices et de mobilisations de façon quotidienne pour le reste de leur vie afin de maintenir leur gains. Notre mode de vie est malheureusement inhumain ! De la même façon qu'il nous est presque impossible de s'alimenter parfaitement pour éviter la carie dentaire, il est aussi presque impossible de bouger parfaitement pour éviter une perte de fonction. C'est pourquoi il est préférable de vous passer la soie dentaire et de maintenir une courte routine pour conserver votre mouvement fonctionnel !
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AuteurFrédéric est un massothérapeute, spécialiste FMS et entraîneur en performance sportive. Archives
Novembre 2017
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